|
|
|
|
|
|
Cliquez sur les expressions précédées
du signe + pour les
développer.
|
RETIARIVS - Salluste, Ep. II, 1SECONDE LETTREI. C'était autrefois une vérité
reçue, que la fortune était la dispensatrice des
royaumes, de la puissance et de tous les biens que convoitent si
avidement les mortels; et, en effet, ces dons étaient
souvent départis, comme par caprice, à des sujets
indignes et entre les mains desquels ils ne tardaient pas
à déchoir. Mais l'expérience a
démontré combien Appius a eu raison de dire dans
ses vers (25) :
"Chacun est l'artisan de
sa fortune." Et cela est encore plus vrai de vous, César,
qui avez tellement surpassé les autres hommes, qu'on se
lasse plus tôt de louer vos actions que vous d'en faire qui
soient dignes d'éloges. Mais, comme les ouvrages de l'art,
On voit, dans les Tusculanes
de Cicéron (liv. IV), qu'Appius Claudius l'aveugle avait
écrit des maximes dans le goût des vers dorés
de Pythagore. Les grammairiens Festus et Priscien en citent quelques fragments.
les biens conquis par la vertu doivent être
conservés avec le plus grand soin, de peur que la
négligence n'en laisse ternir l'éclat, ou n'en
précipite la ruine. En effet, qui volontairement
cède à un autre l'autorité? et, quelle que
soit la bonté, la clémence de celui qui a le
pouvoir, on le redoute cependant, parce qu'il peut, s'il le veut,
être méchant. Cela vient de ce que la plupart des
hommes revêtus de la puissance en usent mal, et pensent
qu'elle sera d'autant plus assurée, que ceux qui leur sont
soumis seront plus corrompus (26).
Mais vous devez, au contraire, puisque chez vous la
bonté s'allie à la fermeté, faire en sorte
de n'avoir à commander qu'aux hommes les plus vertueux:
Salluste exprime la même
pensée dans la Guerre de Jugurtha (ch. VII) :
Regibus boni quam mali suspectiores sunt, semperque his
aliena virtus formidolosa est.
car pire on est, et plus impatiemment souffre-t-on un chef.Intimide et corromps: c'est
ainsi que l'on règne, dit Tibère dans la
tragédie de ce nom, par Chénier (acte I, sc. IV).Mais il vous est plus difficile qu'à aucun de ceux qui
vous ont précédé de régler l'usage
que vous avez à faire de votre victoire. La guerre avec
vous a été plus douce que la paix avec eux: d'un
autre côté, les vainqueurs veulent des
dépouilles, et les vaincus sont des citoyens. C'est entre
ces deux écueils qu'il vous faut naviguer, et assurer pour
l'avenir le repos de la république, non seulement par la
force des armes, qui la protégera contre ses ennemis,
mais, ce qui est bien plus important, bien plus difficile, par
des institutions, heureux fruits de la paix.
Cet état de choses semble appeler tous les citoyens,
quel que soit le degré de leurs lumières, à
énoncer les avis qui leur semblent les plus salutaires.
Pour ma part, je pense que de la manière dont vous userez
de la victoire dépend tout notre avenir.
EPISTOLA SECUNDA. |