NOCTIVM ATTICARVM I, 2
Atque ibi tunc, cum essemus apud eum in villa, cui nomen est Cephisia, et æstu anni et sidere autumni flagrantissimo, propulsabamus incommoda caloris lucorum umbra ingentium, longis ambulacris et mollibus, ædium positu refrigeranti, lavacris nitidis et abundis et collucentibus totiusque villæ venustate aquis undique canoris atque avibus personante. Erat ibidem nobiscum simul adulescens philosophiæ sectator, disciplinæ, ut ipse dicebat, stoicæ, sed loquacior inpendio et promptior. Is plerumque in convivio sermonibus, qui post epulas haberi solent, multa atque inmodica de philosophiæ doctrinis intempestive atque insubide disserebat præque se uno ceteros omnes linguæ Atticæ principes gentemque omnem togatam, quodcumque nomen Latinum rudes esse et agrestes prædicabat atque interea vocabulis haut facile cognitis, syllogismorum captionumque dialecticarum laqueis strepebat κυριεύοντας
et ἡσυχάζοντας
et καὶ
σωρείτας aliosque id genus griphos neminem posse dicens nisi se dissolvere. Rem vero ethicam naturamque humani ingenii virtutumque origines officiaque earum et confinia aut contra morborum vitiorumque fraudes animorumque labes, pestilentias asseverabat nulli esse ulli magis ea omnia explorata, comperta meditataque. Cruciatibus autem doloribusque corporis et periculis mortem minitantibus habitum statumque vitæ beatæ, quem se esse adeptum putabat, neque lædi neque inminui existimabat ac ne oris quoque et vultus serenitatem stoici hominis umquam ulla posse ægritudine obnubilari. Has ille inanes glorias cum flaret iamque omnes finem cuperent verbisque ejus defetigati pertæduissent, tum Herodes Græca, uti plurimus ei mos fuit, oratione utens " permitte," inquit " philosophorum amplissime, quoniam respondere nos tibi, quos vocas idiotas, non quimus, recitari ex libro, quid de hujuscemodi magniloquentia vestra senserit dixeritque Epictetus, Stoicorum maximus", iussitque proferri dissertationum Epicteti digestarum ab Arriano primum librum, in quo ille venerandus senex juvenes, qui se Stoicos appellabant, neque frugis neque operæ probæ, sed theorematis tantum nugalibus et puerilium isagogarum commentationibus deblaterantes objurgatione justa incessivit. Lecta igitur sunt ex libro, qui prolatus est, ea, quæ addidi ; quibus verbis Epictetus severe simul et festiviter sejunxit atque divisit a vero atque sincero Stoico, qui esset procul dubio ἀκώλυτος,
ἀνεκϐίαστος,
ἀπαρεμπόδιστος,
ἐλεύθερος,
εὔπορος,
εὐδαίμων, volgus aliud nebulonum hominum, qui se Stoicos nuncuparent atraque verborum et argutiarum fuligine ob oculos audientium iacta sanctissimæ disciplinæ nomen ementirentur : Εἰπέ μοι
περὶ ἀγαθῶν
καὶ κακῶν. -
Ἄκουε :
Ἰλιόθεν μὲ
φέρων
ἄνεμος
Κικόνεσσι
πέλασσεν
Τῶν
ὄντων τὰ μέν
ἐστιν
ἀγαθὰ, τὰ δὲ
κακὰ, τὰ δὲ
ἀδιάφορα.
Ἀγαθὰ μὲν
οὖν αί
ἀρεταὶ καὶ
τὰ
μετέχοντα
ἀυτῶν·
κακὰ δὲ,
κακίαι, καὶ
τὰ
μετέχοντα
κακίας·
ἀδιάφορα
δὲ, τὰ μεταξὺ
τούτων,
πλοῦτος,
ὑγίεια,
ζωὴ,
θάνατος,
ἡδονὴ,
πόνος. -
Πόθεν
οἶδας; -
[οὕτως]
Ἑλλάνικος
λέγει ἐν
τοῖς
Αιγυπτιακοῖς.
Τί δὲ
διαφέρει
τοῦτο
ἐιπεῖν, ἢ ὅτι
Διογένης;
ἐν τῇ ἠθικῇ,
ἢ Χρύσιππος,
ἢ
Κλεάνθης; -
Βεϐασάνικας
οὖν αὐτὸ
καὶ δόγμα
σεαυτοῦ
πεποίησαι.
Δείκνυε
πῶς εἴωθας
ἐν πλοίῳ
χειμάζεσθαι·
μέμνησαι
ταύτης τῆς
διαιρέσεως,
ὅταν ψοφήσῃ
τὸ ἱστίον·
καὶ
ἀναγκραυγάσαντι
σοι ἐάν τις
κακόσχολος
παραστὰς
εἲπῃ. Λέγε
μοὶ σὺ πρὸς
τοὺς
θεοὺς, ἅ
πρώην
ἔλεγες, μὴ
τι κακία
ἐστὶ τὸ
ναυαγῆσαι;
μὴ τι
κακίας
μετέχον;
οὐκ ἄρα
ξύλον
ἐνσείσεις
αὐτῷ. Τί ἡμῖν
καί σοι,
ἄνθρωπε;
ἀπολλύμεθα,
καὶ σὺ
ἐλθὼν
παίζεις.
Ἂν δέ σε
ὁ Καῖσαρ
μεταπέμψηται
κατηγορούμενον,
μέμνησαι τῆς
διαιρέσεως.
Ἄν τις σοὶ
εἰσιόντι
καὶ
ὠχριῶντι ἄμα
καὶ
τρέμοντι
προσελθὼν
εἴπῃ : τί
τρέμεις,
ἄνθρωπε;
περὶ τίνων
σοὶ ἐστὶν ὁ
λόγος: μὴτι
ἔσω ὁ
Καῖσαρ
ἀρετὴν καὶ
κακίαν
τοῖς
εἰσερχομένοις
δίδωσι; - Τί
μοι
ἐμπαίζεις
καὶ σὺ πρὸς
τοῖς ἐμοῖς
κακοῖς;
Ὅμως,
φιλόσοφε,
εἰπέ μοι, τί
τρέμεις;
οὐχὶ
θάνατος
ἐστὶ τὸ
κινδυνευόμενον,
ἢ
δεσμωτήριον,
ἢ πόνος τοῦ
σώματος, ἢ
φυγὴ, ἢ
ἀδοξία; τί
γὰρ ἄλλο;
μήτι κακία;
μήτι
μετέχον
κακίας; σὺ
οὖν τίνα
πρὸς ταῦτα
ἔλεγες; -
Τί ἐμοὶ καὶ
σοὶ,
ἄνθρωπε;
ἀρκεῖ ἐμοὶ
τὰ ἐμὰ κακά. -
Καὶ καλῶς
λέγεις·
ἀρκεῖ γάρ
σοι τὰ σὰ
κακὰ, ἡ
ἀγέννεια, ἡ
δειλία, ἡ
ἀλαζονεία,
ἣν
ἀλαζονεύου
ἐν τῇ σχολῇ
καθήμενος.
Τί
τοῖς
ἀλλοτρίοις
ἐκαλλωπίζου;
τί στωικὸν
ἔλεγες
σεαυτόν;
τηρεῖτε
οὕτως
ἑαυτοὺς ἐν
οἷς
πράσσετε,
καὶ
εὑρήσετε
τίνος ἐσθ’
αἵρέσεως·
τοὺς
πλείστους
ὑμῶν
ἐπικουρείους
εὑρήσετε,
ὀλίγους
τινὰς
περιπατητικοὺς,
καὶ
τούτους
ἐκλελυμένους.
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LIVRE I, CHAP 2
Lorsque j'étudiais à Athènes, Hérode Atticus,
cet illustre personnage consulaire, doué d'un si grand talent pour
l'éloquence grecque, m'invitait souvent à aller le
visiter dans une maison de campagne qu'il possédait
Rhéteur grec, né
à Marathon, l'an 110 après Jésus-Christ,
enseigna avec éclat dans Athènes. Il fut choisi par
Antonin pour être le précepteur de
Marc-Aurèle et de Vérus, ses deux fils adoptifs.
Consul l'an 143, il eut pour gouvernement une partie de l'Asie et
de la Grèce, qu'il embellit de monuments magnifiques. Il
mourut à soixante-seize ans.
près de la ville ; il invitait en même temps Servilianus,
homme de distinction, et plusieurs autres compatriotes qui étaient
venus en Grèce pour cultiver leur esprit. Un jour, pendant
Les initiales Cl. V.
remplacent les mots clarissimus vir, ou consularis
vir, car cette abréviation se prenait dans ces deux
sens. Quant au Servilianus dont il s'agit ici, il serait
difficile de préciser qui il était.
les chaleurs de
l'automne, nous étions réunis dans sa villa appelée
Céphisia, où nous avions, pour braver les feux de
la canicule, l'ombrage de bois élevés, de vastes
promenades sur un gazon moelleux, des portiques où le
L'automne, chez les
Romains, commençait vers le milieu d'août, et
finissait vers le milieu de septembre. Ainsi, la canicule
régnait encore dans le commencement de l'automne.
zéphir entretenait une agréable
fraîcheur, de larges bassins aux eaux pures et limpides, et
des fontaines dont le murmure se mêlait aux chants
harmonieux des oiseaux. Là se trouvait aussi un jeune
homme, disciple
du portique, à ce qu'il disait, mais bavard
et présomptueux outre mesure. A table, dans la
conversation qui s'engage ordinairement à la fin des
L'école des
stoïciens eut pour fondateur Zénon, qui naquit
à Cittium, dans l'île de Chypre, l'an 340 avant
Jésus-Christ, et mourut à l'âge de
quatre-vingts ans.
repas, notre homme discuta, à tort et à travers,
sur les différentes doctrines philosophiques ; je croyais
qu'il n'en finirait jamais ; à l'entendre parler, tous les
autres philosophes, les plus illustres savants de Rome et
d'Athènes n'étaient que des hommes ignorants et
grossiers à côté de lui ; il nous rompait la
tête avec ses termes techniques que nous n'entendions
pas, et ses syllogismes et les finesses de la dialectique, se
vantant d'être le seul à connaître certains
arguments que les Grecs nomment κυριεύντας,
ἡσυχάζοντας
καί
σωρείτας
et autres énigmes ; personne, assurait-il, n'avait
étudié mieux que lui la science de la morale, la
nature de l'esprit humain, les différentes vertus, les
devoirs qui en découlent, les penchants qui s'en
Le dominant, le
reposant, le sorite. Le dominant est un
argument au moyen duquel trois propositions contradictoires
étant données, on en faisait admettre deux, en
rejetant la troisième. Le reposant est un argument
à l'aide duquel on peut s'arrêter quand on est
poussé par un sorite. Le sorite est un argument par
lequel on enchaîne plusieurs autres arguments, de telle
sorte que la conclusion du premier serve de point de
départ au second, ainsi de suite.
éloignent ou s'en rapprochent, les passions, les vices,
les souillures, les maladies de l'âme ; il affirmait que ni
les souffrances physiques ni les dangers qui peuvent occasionner
la mort, rien ne pouvait atténuer ni troubler cet
état de bonheur parfait qu'il croyait avoir atteint ; que
la sérénité du stoïcien ne peut
être obscurcie par aucun nuage. Comme ce fanfaron n'en
finissait pas, et que tout le monde en était
excédé, Hérode Atticus prend la parole, en
grec, comme il le faisait souvent : "Grand philosophe, dit-il,
puisque nous ne pouvons te répondre, étant trop
grossiers et trop ignorants pour lutter avec toi, permets que je
te fasse connaître, d'après un de ses
traités, ce qu'a pensé et ce qu'a dit de ton
bavardage impudent Épictète, le plus illustre des
stoïciens." Aussitôt il fait apporter le second
livre des leçons d'Épictète mis en ordre par
Epictète, philosophe stoïcien,
né à Hiéropolis, en Phrygie, montra dans
l'esclavage la fermeté et la constance d'un
véritable sage. Chassé de Rome par Domitien, il
revint après la mort de cet empereur. Toute la morale de
ce philosophe se réduisait à ces deux
préceptes : Abstiens-toi, résigne-toi. Il
mourut sous le règne de Marc-Aurèle, dans un
âge fort avancé.
Arrien.
Dans ce traité, ce respectable vieillard adresse de justes
reproches à ces jeunes gens qui, se disant stoïciens
sans avoir ni vertu ni zèle pour le bien, s'amusent
Arrien, historien grec, natif de
Nicomédie, se fit un nom célèbre sous
Adrien, Antonin et Marc-Aurèle, par son savoir et son
éloquence. Il fut gouverneur de la Cappadoce. Il nous
reste de lui sept livres de L'Histoire d'Alexandre le
Grand ; les Indiques, un Périple du
Pont-Euxin, une Instruction sur l'ordre de bataille des
Alains, un Traité de Tactique, un
Traité de Chasse. Il fut le disciple
d'Epictète, dont il publia les discours.
à des spéculations sans importance, à
des commentaires puérils sur les premiers
éléments de la science. On apporta le livre, et on
fit lecture de ce passage dans lequel Épictète,
avec autant de sévérité que d'enjouement,
distingue du véritable et sincère stoïcien, de
celui qui est sans contredit invincible, indomptable,
indépendant, libre, riche,
heureux, cette troupe d'hommes impudents, soi-disant
stoïciens, qui jettent de la poudre aux yeux de leurs
auditeurs avec de grands mots et de vains arguments, profanant le
nom de l'étude la plus digne de respect. Voici le passage
: " Parle-moi
sur les biens et sur les maux. -
Écoute :
L'auteur, Epictète, suppose
ici une conversation entre un faux stoïcien et un
véritable sage.
Le vent m'a
poussé de Troie dans le pays des Cycones.
Epictète se moque ici de ces
philosophes qui citaient à tort et à travers des
vers d'Homère, dont le sens était souvent peu en
harmonie avec les questions dont il s'agissait. Le vers
cité est de l'Odyssée, chant IX, v.
39.
Les choses de ce monde sont ou bonnes, ou mauvaises, ou
indifférentes. Les choses bonnes sont la vertu et tout ce
qui s'y rattache ; les choses mauvaises sont le vice et tout ce
qui tient au vice ; les choses indifférentes sont celles
qui tiennent le milieu entre le bien et le mal, comme la
richesse, la santé, la vie, la mort, le plaisir, la
douleur. - D'où sais-tu cela? - C'est Hellanicus qui le dit dans ses
Égyptiatiques. Mais qu'importe de rapporter
l'opinion d'Hellanicus ou celle de Diogène dans sa morale,
Hellanicus, historien grec, né à
Mitylène, dans l'île de Lesbos, l'an 495 avant
Jésus-Christ, mort vers 41. Il écrivait une
quinzaine d'années avant Hérodote. Il ne reste de
lui que quelques fragments.
de Chrysippe ou de
Cléanthe ? - C'est bien ; tu as
sérieusement réfléchi sur cette doctrine ;
Chrysippe, philosophe stoïcien, natif de Soles, dans
la Cilicie, mourut 207 ans avant Jésus-Christ, les uns
disent d'un excès de vin avec ses disciples, les autres
d'un excès de rire, en voyant un âne manger des
figues dans un bassin d'argent. Chrysippe fut l'apôtre du
destin et le défenseur de la liberté humaine ;
contradiction qu'il est bien difficile d'expliquer.
tu te l'es appropriée. Dis-moi maintenant, que fais-tu
Cléanthe, autre stoïcien, né
à Assos, en Etolie, 300 ans avant Jésus-Christ, fut
disciple de Zénon. Il ne reste de lui que quelques
fragments, et un hymne à Jupiter, traduit en vers
français par Louis Racine.
lorsque tu es surpris par la tempête ? Sans doute tu te
rappelles encore ta division, lorsque la voile cède a la
force des vents ? mais non ; tu te lamentes. Si, au milieu de tes
cris de détresse, quelque mauvais plaisant,
s'approchant, te rappelle à ta morale en te disant :
Répète-moi donc, au nom des Dieux, ta
théorie d'hier : n' est-il pas vrai que le naufrage n'est
point un mal ? qu'il n'a aucun rapport.avec le mal ? Tu ne
frapperais pas cet homme ? tu ne lui dirais pas : Qu'y a-t-il de
commun entre nous deux ? Nous périssons, et tu viens
plaisanter !
"On t'accuse. César te cite devant son tribunal, ne va
pas au moins oublier ta division ! Mais tu pâlis, tu
trembles en franchissant le seuil du palais ! Quoi ? tu trembles
? dira-t-on. De quoi s'agit-il pour toi ? Est-ce que César
peut placer le vice ou la vertu dans le cœur de ceux qui
paraissent devant lui ? -Laisse-moi, dirais-tu ; pourquoi rire de
moi et de mes maux ? - Cependant réponds-moi, philosophe,
pourquoi trembles-tu ? Que crains-tu ? la mort, la prison, la
torture, l'exil, l'infamie ? car tu ne peux craindre autre chose
? Mais, dans tout cela, il n'y a aucun mal, rien qui ressemble au
mal ! N'est-ce pas ce que tu disais ? - De quoi te mêles-tu
? j'ai bien assez de mes maux. - Tu as raison, ils doivent te
suffire, en effet : lâcheté, faiblesse, orgueil,
jactance sur les bancs de l'école, en voilà bien
assez.
Pourquoi donc te parer d'une gloire qui ne t'appartient pas?
Pourquoi te dire stoïcien? Jugez-vous d'après vos
actes, et vous verrez de quelle secte vous êtes. Vous
verrez que vous êtes presque tous épicuriens, et que
quelques-uns seulement sont des péripatéticiens, et
encore des péripatéticiens
relâchés."
Cette lecture ferma la bouche à notre
présomptueux jeune homme, comme s'il eût entendu,
dans ces paroles d'Epictète, moins une censure
générale, qu'une personnalité que lui
adressait Hérode Atticus.
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