NOCTIVM ATTICARVM - I, 16
Milli passuum dixit pro mille passibus et uno milli nummum pro unis mille nummis ; aperteque ostendit mille et vocabulum esse, et singulari numero dici, ejusque plurativum esse millia et casum etiam capere ablativum. Neque cæteros casus requiri oportet, quum sint alia pleraque vocabula, quæ in singulos tantum casus, quædam etiam, quæ in nullum inclinentur. Quapropter nihil jam dubium est, quin M. Cicero, in oratione quam scripsit Pro Milone , ita scriptum reliquerit : " Ante fundum Clodi, quo in fundo propter insanas illas substructiones, facile mille hominum versabatur valentium," non versabantur, quod in libris minus accuratis scriptis est : alia enim ratione mille hominum [alia mille
homines] dicendum est.
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LIVRE I, CHAP 16
Quadrigarius, dans le troisième livre de ses
Annales, a écrit : Ibi occiditur mille
hominum, là mille hommes furent tués. Il
emploie le singulier occiditur, et non le pluriel
occiduntur. Lucilius aussi, dans le troisième livre
de ses Satires, a dit :
Ad portam mille, a porta est sex inde
Salernum.
Il met mille est, et non
mille sunt. Varron, dans le dix-septième livre
des Choses humaines : — Ad Romuli initium plus
mille et centum annorum est, un espace de plus de onze cents
ans s'écoula avant la naissance de Romulus.
Caton, dans le premier livre des Origines : —
Inde est ferme mille passum, de là il y a presque
mille pas. M. Cicéron, dans la sixième
Philippique : — Itane Janus medius in L. Antonii
clientela est : Quis unquam in illo Juno inventus est, qui L.
Antonio millenummum ferret expensum ? Ainsi donc la place de
Janus est sous la protection de L. Antoine ? Qui jamais
trouvera-t-on dans cette place qui eût voulu lui
prêter mille sesterces?
Dans toutes ces citations et dans beaucoup d'autres endroits,
on trouve mille pris comme un nom singulier. Il ne faut
pas croire, comme on le pense, que ce soit un archaïsme, une
concession faite à l'élégance de la phrase :
la grammaire semble exiger cette construction. En effet,
mille ne répond pas au mot grec Χίλιοι, mille,
mais bien à Χιλιάδες
un millier : de même que l'on dit una Χιλιάδες,
duæ Χιλιάδες,
un millier, deux milliers; de même aussi on peut dire d'une
manière exacte et correcte : unum mille et duo
millia. C'est pourquoi on ne fait pas de faute quand on dit :
Mille denarium in arca est, il y a mille deniers dans le
trésor public, et : Mille equitum in exercitu est,
il y a mille cavaliers dans l'armée.
C'est ce que prouve d'une manière plus précise
un autre passage de Lucilius, outre celui que je viens de citer.
Ce poëte dit dans son quinzième livre :
Hunc milli passum
qui vicerit atque duobus,
Campanus sonipes succussor nullu' sequetur
Majore in spatio; ac diversu' videbilur ire.
Dans son neuvième livre, il dit
de même :
Tu milli nummum potes uno quaerere
centum.
Lucilius, en mettant milli passum pour mille
passibus, et uno milli nummum pour unis mille
nummis, fait voir clairement que mille est un
substantif dont le pluriel est millia, et qui peut
même se mettre à l'ablatif. Il ne faut pas chercher
les autres cas de ce nom, puisque beaucoup d'autres substantifs
n'en ont qu'un, et que quelques-uns même sont
indéclinables. Aussi me paraît-il assez probable que
M. Cicéron, dans sa Milonienne, ait laissé
cette phrase ainsi écrite : Ante fundum Clodii, quo in
fundo, propter insanas illas substructiones, facile mille hominum
versabatur valentium, devant la terre de Clodius, où
il y avait alors, pour travailler à ses constructions
insensées, un millier d'hommes forts et robustes. Il faut
donc lire versabatur, et non versabantur,
leçon qui ne se trouve, du reste, que dans les manuscrits
peu corrects; car mille hominum, un millier d'hommes, n'a
pas le sens de mille homines, mille hommes. Ces deux
manières de parler présentent un sens
différent.
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