NOCTIVM ATTICARVM - I, 15
Ἀλλ'
ὅτε δὴ ῥ' ὄπα
τε μεγάλην
ἐκ
στήθεος
ἷει·
Τέκνον ἐμὸν,
ποῖόν σε
ἔπος φύγεν
ἕρκος
ὀδόντων;
M. Tullii quoque verba posui, quibus stultam et inanem dicendi copiam graviter et vere detestatus est : " Dummodo inquit, hoc constet, neque infantiam ejus qui rem norit, sed eam explicare dicendo non queat, neque inscientiam illius cui res non suppetat, verba non desint, esse laudandam; quorum si alterum sit optandum, malim equidem indisertam prudentiam quam stultam loquacitatem." Item in libro de Oratore primo verba hæc posuit : " Quid enim est tam furiosum, quam verborum vel optimorum atque ornatissimorum sonitus inanis, nulla subjecta sententia nec scientia ?" Cumprimis autem M. Cato atrocissimus hujusce [modi] vitii insectator est. Namque in oratione, quæ inscripta est : Si se Cælius trib. pleb. appellasset : " Nunquam, inquit, tacet, quem morbus tenet loquendi, tanquam veternosum bibendi atque dormiendi. Quod si non conveniatis, cum convocari jubet; ita est cupidus orationis, ut conducat, qui auscultet : itaque auditis, non auscultatis, tanquam pharmacopolam : nam ejus verba audiuntur; verum ei se nemo committit, si æger est." Idem Cato in eadem oratione eidem M. Cælio, tribuno plebis, vilitatem opprobrans non loquendi tantum, verum etiam tacendi : " Frusto, inquit, panis conduci potest, vel uti taceat vel uti loquatur."
Λαλεῖν
ἄριστος,
ἀδυνατώτατος
λέγειν.
Γλώσσης
τοι
θησαυρός
ἐν
ἀνθρώποισιν
ἄριστος
Φειδωλῆς·
πλείστη δὲ
χάρις κατὰ
μέτρον
ἰούσης.
Οὐ
λέγειν
δεινὸς,
ἀλλὰ σιγᾷν
ἀδύνατος.
Ἀχαλίνων
στομάτων
Ἀνόμου
τ'
ἀφροσύνας
Τὸ
τέλος
δυστυχία·
Ἄνθρωπον
ἀγριοποίον
αὐθαδόστομον,
Ἔχοντ'
ἀχάλινων,
ἀκρατές,
ἀπύλωτον
στόμα, Ἀπεριλάλητον,
κομποφακελορ'
ῥήμονα.
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LIVRE I, CHAP 15
Au sujet de ces parleurs frivoles et importuns qui, sans
jamais s'arrêter à rien de solide, donnent un libre
essor à l'intempérance de leur langage, on a dit
avec raison que les paroles naissent sur leurs lèvres, et
qu'elles ne viennent pas de leur âme; une langue ne doit
point s'agiter au hasard et sans règle, mais s'assujettir
par un lien intime à la pensée, et ne se mouvoir
que pour lui obéir.
Cependant, combien d'hommes ne voit-on point qui
répandent un déluge de mots dénués de
sens, et avec une sécurité et une aisance telles,
qu'ils semblent le plus souvent ignorer eux-mêmes qu'ils
parlent ? Homère dit que les paroles d'Ulysse, ce
héros si sage et si éloquent, sortaient de sa
poitrine, au lieu de dire qu'elles sortaient de sa bouche :
paroles qu'il faut moins rapporter au son de la voix et à
l'accent d'Ulysse qu'à la profondeur de ses
pensées. Le même poète a dit, avec beaucoup
de raison, que les dents sont un rempart opposé à
l'impétuosité de la langue; qu'ainsi,
l'irréflexion, des paroles peut être non seulement
arrêtée par l'attention et la vigilance de l'esprit,
mais réprimée par la garde placée, pour
ainsi dire, dans la bouche. Voici les paroles d'Homère
:
Mais lorsque sa voix retentissante sortait de sa
poitrine.
et:
O ma fille, quelle parole s'est
échappée du rempart de tes dents ?
Je crois bon de citer aussi un passage de M. Tullius,
où cet orateur blâme avec autant de
sévérité que de raison cette abondance
frivole et stérile de paroles : "Mais qu'il demeure bien
entendu, dit-il, qu'il n'y a aucun éloge à donner
à ceux qui, tout à fait étrangers à
l'art de la parole, ne peuvent exposer ce qu'ils savent, ni
à ceux qui, sans instruction aucune, parlent avec
élégance et avec abondance de ce qu'ils ignorent
complètement. S'il fallait choisir, je
préférerais le savoir sans éloquence
à un frivole bavardage." Dans son premier livre de
l'Orateur, on trouve encore ces mots : " Qu'y a-t-il de plus
déraisonnable que des phrases brillantes et pompeuses,
qui frappent l'oreille d'un vain bruit, et ne présentent
à l'esprit ni pensées ni instruction ?" Mais
Quid
enim est tam furiosum. Cicéron, de l'Orateur,
liv.I, ch.XII.
l'ennemi le plus acharné de ce défaut est sans
contredit M. Caton. Dans le discours intitulé, Si
Célius s'est appelé tribun du peuple, il
s'écrie : "Jamais il ne se tait, celui qui est atteint de
la maladie de parler. Il ressemble à l'hydropique qui dort
et boit sans cesse. Cet homme est tellement pressé du
besoin de parler, que si les gens qu'il invite ne viennent pas,
il louera un auditoire. Ses paroles frappent vos oreilles sans
vous persuader; c'est un charlatan dont vous entendez les
paroles, mais auquel vous vous garderez bien de vous adresser, en
cas de maladie." Dans le même discours, Caton, reprochant
à ce même M. Célius, tribun du peuple, la
vénalité de ses paroles et de son silence,
s'écrie : "Avec un morceau de pain, on peut lui ouvrir ou
lui fermer la bouche."
Ce n'est pas sans raison qu'Homère donne à
Thersite les noms de parleur sans mesure, de discoureur impudent;
il compare aussi le bruit de ses discours diffus et ennuyeux aux
cris des geais babillards; car c'est là, je pense, ce que
signifient les mots ἀμετροεπὴς
ἐκολῷα. Eupolis caractérise la même espèce
d'hommes dans ce vers remarquable :
Très habile à parler, incapable de
rien dire.
Eupolis, poëte comique d'Athènes,
florissait au milieu du cinquième siècle avant
Jésus-Christ; il appartenait à l'ancienne
comédie :
Eupolis, atque Cratinus, Aristophanesque
poetæ
Atque alii quorum comœdia prisca virorum
est.
Horatius, lib.I, sat4,
v.1.
C'est ce qu'a voulu imiter notre
Salluste, lorsqu'il dit : "Plus parleur qu'éloquent."
Hésiode, le plus sage des poëtes, dit que, loin de
prostituer la langue, il faut au contraire la cacher comme un
trésor; que toute sa grâce, quand on la laisse
libre, lui vient de la modestie, de la retenue et de la
modération :
Une langue capable de se contenir est un
trésor parmi les hommes; jamais elle ne plaît
davantage que lorsqu'elle sait se modérer.
Epicharme a dit aussi avec beaucoup de
justesse :
Très peu propre à parler, mais
incapable de se taire;
Epicharme, l'inventeur de la comédie, natif de
l'île de Cos, écrivit sous Hiéron Ier, l'an
450 avant Jésus-Christ. Il mourut âgé de
quatre-vingt-dix-neuf ans. Il ne nous reste rien de ses ouvrages.
Plaute paraît l'avoir souvent imité : Plautus ad exemplar Siculi properare Epicharmi. Horatius, Epist.
lib.II, ep.1, v.58.
pensée qui a, sans doute,
donné lieu à celle-ci :
Ne pouvant parler, il ne pouvait cependant pas se
taire.
J'ai entendu Favorinus dire que ces
vers d'Euripide :
Une bouche sans frein, une folie sans bornes, ont
ordinairement une fin malheureuse,
ne doivent pas seulement être
appliqués à ceux qui tiennent des discours impies
et sacrilèges, mais bien plus encore à ces parleurs
sans mesure, dont la langue intempérante et sans frein
s'agite sans cesse et répand un épouvantable
torrent de paroles. Les Grecs ont pour désigner ces hommes
le mot significatif de κατάγλωσσοι
grands parleurs.
Un des amis de Valérius Probus m'a raconté
que cet illustre grammairien, quelque temps avant sa mort, lisait
d'une manière nouvelle cette phrase de Salluste : Satis
eloqentiæ, sapientiæ parum (assez
d'éloquence, peu de raison); il assurait que Salluste
Valérius Probus, grammairien, enseigna la
littérature à Rome; il fut précepteur du
petit-fils d'Auguste, et mourut sous le règne de
Néron. Critique sévère et pointilleux,
Probus était tout occupé de corriger et d'annoter
les livres. C'est l'Aristarque des Latins. Voyez Martial,
Epigr., liv.III, ép.II.
avait écrit satis loquentiæ(assez de faconde)
: car, disait-il, ce dernier mot convenait bien mieux à
Salluste, novateur en fait de style; d'ailleurs, le mot
eloquentia semble ne pas convenir à l'idée
renfermée dans les mots parum sapientiæ.
Salluste,
Conjuration de Catilina, ch.V. Les meilleures
éditions modernes ont adopté la leçon de
Valérius Probus.
Enfin, cette déplorable manie de parler, ce flux de grands
mots vides de sens sont très bien dépeints dans ce
vers du mordant Aristophane :
Homme grossier, parleur sans mesure, dont la langue
est sans frein, la bouche sans porte; braillard insupportable,
parleur lourd et emphatique.
Nos anciens écrivains n'ont pas moins
énergiquement flétri ce défaut en donnant
aux bavards les noms de loquutuleii, babillards,
blaterones, criards, lingulacæ, bavards.
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