NOCTIVM ATTICARVM - I, 11
Auctor historiæ Græcæ gravissimus Thucydides Lacedæmonios, summos bellatores, non cornuum tubarumve signis, sed tibiarum modulis in præliis esse usos refert : non prorsus ex aliquo ritu religionum, neque rei divinæ gratia, neque autem ut excitarentur atque evibrarentur animi, quod cornua et litui moliuntur : sed contra, ut moderatiores modulatioresque fierent; quod tibicinis numeris temperatur. Nihil adeo in congrediendis hostibus atque in principiis præliorum ad salutem virtutemque aptius rati, quam si permulcti sonis mitioribus non inmodice ferocirent. Quum procinctæ igitur classes erant et instructa acies, cœptumque in hostem progredi : tibicines inter exercitum positi canere inceptabant. Ea ibi præcentione tranquilla et delectabili atque adeo venerabili, ad quamdam quasi militaris musicæ disciplinam vis et impetus militum, ne sparsi dispalatique proruerent, cohibebatur. Sed ipsius illius egregii scriptoris uti verbis libet, quæ et dignitate et fide graviora sunt : Καὶ μετὰ
ταῦτα ἡ
ξύνοδος ἦν.
Ἀργεῖοι
μὲν καὶ οἱ
ξύμμαχοι
ἐντόνως καὶ
ὁρμῇ
χωροῦντες·
Λακεδαιμόνιοι
δὲ βραδέως
καὶ ὑπὸ
αὐλητῶν
πολλῶν, νόμῳ
ἐγκαθεστώτων·
οὐ τοῦ
θείου
χαρίν, ἀλλ'
ἵνα ὁμαλῶς
μετὰ
ῥυθμοῦ
βαίνοντες
προσέλθοιεν,
καὶ μὴ
διασπασθείη
αὐτοῖς ἡ
τάξις· ὅπερ
φιλεῖ τὰ
μεγάλα
στρατόπεδα
ποιεῖν ἐν
ταῖς
προσόδοις.
Οἱ δ'
ἄρ' ἴσαν
σιγῇ μένεα
πνείοντες
Ἀχαιοί,
Ἐν
θυμῷ
μεμαῶτες
ἀλεξέμεν
ἀλλήλοισιν.
Quid ille vult ardentissimus clamor militum Romanorum, quem in congressibus præliorum fieri solitum scriptores annalium memoravere ? Contrane institutum fiebat antiquæ disciplinæ tam probabile ? An tum etiam gradu clementi et silentio est opus, cum ad hostem itur in conspectu longinquo procul distantem ? Quum vero prope ad manus ventum est, tum jam e propinquo hostis et impetu propulsandus et clamore terrendus est ? Ecce autem, per tibicinia Laconica, tibiæ quoque illius concionatoriæ in mentem venit, quam C. Graccho, quum populo agente præisse ac præministrasse modulos ferunt. Sed nequaquam sic est, ut a
vulgo dicitur, canere tibia solitum, qui pone eum loquentem staret, variisque modis tum demulcere animum actionemque ejus, tum intendere. Quid enim foret ea re ineptius, si, ut planipedi saltanti, ita Graccho concionanti numeros et modos et frequentamenta quædam varia tibicen incineret ?
Sed qui hoc compertius memoriæ tradiderunt, stetisse in circumstantibus dicunt occultius, qui fistula brevi sensim graviusculum sonum inspiraret, ad reprimendum sedandumque impetus vocis ejus. Refervescente namque impulsu et instinctu extraneo, naturalis illa Gracchi vehementia indiguisse, non, opinor, existimanda est. Marcus tamen Cicero fistulatorem istum utrique rei adhibitum esse a Graccho putat, ut sonis tum placidis tum citatis aut demissam jacentemque orationem ejus erigeret aut ferocientem sævientemque cohiberet. Verba ipsius Ciceronis apposui : " Itaque idem Gracchus, quod potes audire, Catule, ex Licinio, cliente tuo, litterato homine, quem servum sibi ille habuit ad manum, cum eburnea solitus est habere fistula, qui staret post ipsum occulte, quum concionaretur, peritum hominem; qui inflaret celeriter eum sonum, qui illum aut remissum excitaret aut a contentione revocaret."
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LIVRE I, CHAP 11
Thucydide, ce grave historien, rapporte que les
Lacédémoniens, peuple belliqueux s'il en fut,
n'allaient point aux combats au son de la trompette et du
clairon, mais aux accents mélodieux de la flûte. Ce
n'était point pour observer un rite sacré, ni pour
accomplir une prescription religieuse; c'est qu'au lieu d'exciter
et d'enflammer le courage par les éclats de la trompette
et du clairon, ils voulaient régler et modérer
l'ardeur de leurs guerriers par les modulations de la
flûte. Ils pensaient qu'à la première
attaque, au commencement de la mêlée, rien n'est
plus propre à ménager la vie, et à
élever le courage du soldat que ces sons harmonieux qui
l'empêchent de se livrer à la fureur qui l'aveugle.
C'est pourquoi, lorsque les troupes étaient en ordre de
bataille, les bataillons prêts à s'élancer,
lorsque l'armée allait s'ébranler, des joueurs de
flûte, placés dans les rangs, se faisaient entendre.
Ces accords doux, purs et sacrés, étaient comme une
discipline musicale qui tempérait
l'impétuosité et la fougue des guerriers, et les
empêchait de s'élancer pêle-mêle et sans
ordre. Mais pourquoi ne citerions-nous pas ici l'illustre
historien lui-même ? Ses paroles donneront plus de poids et
plus d'autorité à mon observation : "Alors les deux
armées s'avancent en ordre de bataille : les Argiens et
leurs alliés s'élancent avec fougue et avec
emportement; les Lacédémoniens, au contraire,
s'ébranlent lentement au son de flûtes nombreuses
placées, selon la coutume, au milieu des rangs. Ce n'est
point pour se conformer à quelque loi religieuse; mais
pour que les soldats puissent, d'un pas égal et
cadencé, s'avancer au combat sans rompre leurs rangs, sans
se disperser; ce qui arrive souvent aux grandes armées
quand l'action s'engage".
Les Crétois, dit-on, avaient coutume de régler
leur marche, au moment de l'attaque, au son de la harpe.
D'après Hérodote, Halyatte, roi de Lydie, prince
livré aux mœurs efféminées et au luxe
des barbares, lorsqu'il faisait la guerre aux Milésiens,
se faisait accompagner d'une troupe d'hommes qui jouaient de la
flûte et de la lyre; il avait même dans son
Halyattes. Roi de Lydie, père de Crésus. Ce prince mourut
400 ans avant Jésus-Christ.
armée des joueuses de flûte, qui figuraient
ordinairement dans ses orgies; elle donnaient le signal du
combat. D'après Homère, les Grecs
s'avançaient au combat, non au son des lyres et des
flûtes, mais dans un profond recueillement, remplis de
force et de courage par le sentiment de leur commune ardeur :
Les Grecs, respirant la guerre, marchaient en
silence, et brûlaient de se donner un mutuel appui.
Que signifient donc ces bruyantes clameurs que poussaient les
soldats romains au premier choc, comme le rapportent les
historiens ? Étaient-e1les une infraction aux sages lois
de la discipline de leurs ancêtres ? ou n'est-ce pas
plutôt qu'une armée doit marcher en silence et d'un
pas modéré, quand elle est encore à une
assez grande distance de l'ennemi; mais qu'au moment même
d'en venir aux mains, le soldat doit se précipiter
impétueusement sur l'ennemi pour le disperser, et pousser
des cris pour jeter la terreur dans ses rangs ? Mais, à
propos de la flûte des Lacédémoniens, je me
rappelle la flûte dont les sons réglaient et
modéraient la voix de C. Gracchus, lorsqu'il était
à la tribune. Au reste, il n'est pas vrai, comme on le
rapporte ordinairement, qu'un joueur de flûte se tînt
derrière lui tandis qu'il parlait, soit pour
tempérer son action par ses modulations variées,
soit pour lui donner plus de force et de ton. Quelle
absurdité, de croire que la flûte pût marquer
à Gracchus, parlant en public, la mesure, le rhythme et
les différentes cadences, comme elle règle les pas
de l'histrion sur le théâtre !
Les auteurs qui sont les mieux instruits du fait rapportent.
qu'un homme, caché dans l'auditoire, tirait d'une
flûte courte un son lent et grave pour l'avertir de
modérer les éclats trop violents de sa voix; car le
génie naturellement emporté de C. Gracchus n'avait
pas besoin, je le pense, d'excitation extérieure,
lorsqu'il était à la tribune. Marcus Cicéron
croit toutefois que Gracchus employait ce joueur de flûte
pour une double fin : les sons lents ou rapides devaient ou
donner du ton et de la force à sa parole lorsqu'elle
s'affaiblissait, ou la modérer lorsque l'orateur se
laissait aller à sa fougue et à son emportement.
Voici le passage même de Cicéron : "Licinius, homme
instruit, et ton client, Catulus, a pu te dire que Gracchus,
dont il était le secrétaire, faisait cacher
derrière lui, lorsqu'il parlait en public, un musicien
habile, qui lui donnait le ton sur une flûte d'ivoire, et
l'empêchait ainsi de trop baisser la voix ou de
s'abandonner à des éclats trop violents."
Itaque idem Gracchus, etc. Cicéron,
De l'Orateur, liv. III, ch. IX.
Pour en revenir à cette coutume des
Lacédémoniens, Aristote, dans son livre des
Problèmes, prétend que ces peuples
commençaient la lutte au son de la flûte, pour que
l'assurance et l'ardeur de leurs soldats parussent dans tout leur
éclat : car la timidité et la crainte, dit-il,
s'allient mal avec une semblable .manière de marcher au
combat. Les timides et les lâches ne sauront conserver cet
ensemble imposant et harmonieux d'une marche
régulière et intrépide. Aristote ne dit que
quelques mots à ce sujet; les voici : "Pourquoi, sur le
point de combattre, marchent-ils au son de la flûte ? C'est
pour connaître les lâches qui n'osent avancer."
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